« 17 février 1877 » [source : BnF, Mss, NAF 16398, f. 49], transcr. Guy Rosa, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.1908, page consultée le 07 mai 2026.
Paris, 17 février 1877, samedi matin, 8 h.
Cher bien-aimé, il a fallu qu’il y eût bien des embarras de charrettes autour de moi
pour m’empêcher de répondre séance tenante à ton adorable page consacrant pour la
quarante-quatrième fois l’anniversaire de notre amour1. J’ai essayé de t’écrire avant de me coucher, mais mes pauvres
yeux ne l’ont pas permis. Aussi me suis-je levée tout à l’heure afin de te donner
ma
pensée, mon cœur, mon âme avant de me mêler à la vie domestique, et me voilà en prière
devant Dieu afin qu’il te conserve la vie et la santé jusque par delà la vie ordinaire
des hommes, et à genoux devant toi pour que tu me conserves ton amour au-delà de la
vie terrestre et pendant l’éternité de nos deux âmes. Si je pouvais te dire autant
que
je le sens combien je t’aime, tu comprendrais que l’éternité toute entière sera à
peine suffisante pour te donner une faible partie de mon amour.
J’ai déjà lu et
relu bien des fois depuis hier les divins mots que tu as écrits dans mon cher livre
rouge, tabernacle de ton cœur et du mien, mais, avant de le refermer, je veux les
relire encore ainsi que toutes les pages anniversaires qu’il contient. J’espère que
la
collation avec le bon Lesclide m’en laissera
le temps aujourd’hui. Je baise tes pieds avec adoration.
1 Voici ce que Hugo lui a écrit : « Je t’aime. Ce mot est la plus profonde des bénédictions. Mon âme le dit à ton âme. Après quarante-quatre ans, ce doux anniversaire nous retrouve vivant l’un pour l’autre de cette vie immortelle, l’amour. À mesure qu’on avance dans les années, l’âge dégage l’amour de la chair, et l’engage plus avant dans l’âme ; si bien que le cœur et l’âme finissent par se confondre dans une sorte d’unité indestructible qui sera toute la vie future. Il n’y a pas de mois pour l’amour. Ayons foi dans ce grand avenir où nos anges nous attendent. Ma bien-aimée, je baise tes pieds sur la terre et tes ailes dans le ciel. Et que mon premier mot soit le dernier : je t’aime. » (Victor Hugo et Juliette Drouet, 50 ans de lettres d’amour, édition de Gérard Pouchain, édition citée, p. 207-208)
« 17 février 1877 » [source : BnF, Mss, NAF 16398, f. 50], transcr. Guy Rosa, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.1908, page consultée le 07 mai 2026.
Paris, 17 février [18]77, samedi, 11 h. du m.
C’est encore moi ; moi partout ; moi toujours ; je t’en avais comblé, de restitus, je t’en veux accabler1 ; tant pis ! ça vous
apprendra à vous faire trop aimer : attrapé ! Et
puis il fait un temps à rendre amoureux même les pierres, à plus forte raison votre
pauvre Juju qui ne fait pas autre chose que vous adorer depuis la nuit du 16 au
17 février 1833. Nuit à jamais bénie ! J’ai eu une fameuse chance tout à l’heure que
tu aies été forcé de descendre de ta chambre dans la mienne ! Aussi je m’en réjouis
jusque dans les profondeurs de mon âme. Je ne te demande pas de sortir tantôt parce
que je te vois trop en train de travailler, mais dès que ce sera possible, je serai
bien heureuse de respirer le grand air avec toi. En attendant, nous avons une
recrudescence de sénateurs ce soir dans la personne de Scheurer-Kestner.
Quant à vous, je vous adore.
1 Citation arrangée de Cinna, V, 3.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
la France connaît une grave crise constitutionnelle, et la belle-fille de Hugo, mère de ses petits-enfants, se remarie.
- 26 févrierNouvelle Série de la Légende des Siècles.
- 3 avrilAlice, veuve de Charles Hugo, épouse le journaliste Édouard Lockroy.
- 14 maiL’Art d’être grand-père.
- 27 juinVisite à Saint-Mandé, sur la tombe de Claire pour elle, à sa fille en maison de santé pour lui.
- 1er octobreHistoire d’un crime (tome I).
